Analyse du phénomène des Marabouts

  Les Marabouts

  Analyse du phénomène

 

A.     LES PUBLICITES  

Les mages africains se font essentiellement connaître par l’intermédiaire de deux formes de publicité :  

              1°) les annonces publicitaires via les journaux de type « toute-boîte »  (Vlan, Streekkrant,…)  

            2°) des cartons publicitaires (leaflet - flyers) qui en fait sont des pages photocopiées  et découpées, puis distribués dans les boîtes aux lettres par des sujets africains  

D’autres formes publicitaires sont connues :  

·        Publications spécialisées en voyance  

·        Internet  

·         

Généralement, les « marabouts » font usage de pseudonymes et s’attribuent le titre de « Professeur », « Mage », « Monsieur », « Maître », …  

Le but de l’annonce est d’offrir des services dans de nombreux domaines sensibles aux personnes faibles, en période de dépression ou encore atteintes physiquement ou psychologiquement.  

Ces thèmes sont (e.a.) : Retour de l’être aimé, guérison de l’impuissance sexuelle, solution aux problèmes familiaux, solution aux problèmes de santé, désenvoûtement, chance, passage du permis de conduire,….  

Ces thèmes se retrouvent régulièrement dans les différentes formes publicitaires.  

Souvent, il est signalé dans ces publicités que les personnes peuvent payer qu’après résultats.  Dans la pratique, des sommes, parfois importantes, sont réclamées dès la première consultation.   

En ce qui concerne le mode de contact, il était courant que les « marabouts » indiquent une adresse, un numéro de téléphone et/ou un numéro de GSM sur les publicités.  Toutefois, étant donné que des opérations ont été menées pour combattre ce type de criminalité, et qu’il est connu du milieu criminogène que des identifications de numéro sont possibles, le mode de contact a tendance à s’orienter vers un ou deux numéros de GSM de type carte prépayées. 

 

 B.     LA PRATIQUE

 Après avoir pris contact, généralement par voie téléphonique, avec le « médium » africain, un rendez-vous est fixé au client.  Soit une adresse lui est donnée, soit un point de rendez-vous à haute fréquentation est signalé (Ex. gare du Midi à Bruxelles, Gare de Charleroi,…), et le client est, alors, emmené vers une habitation.  Le « marabout » agissant avec des complices, ceux-ci se chargent généralement de l’escorte du client vers le point de consultation. 

Sur place, le médium est souvent en compagnie d’un second individu, parfois sa femme,  qui n’intervient pas, et s’isole dans une autre pièce de l’appartement.  

La pièce où reçoit le médium est généralement occultée, sombre, éclairée à la bougie, décorée de tapisseries africaines ou arabes, et est séparée des autres pièces par un simple rideau ou une tapisserie.  L’usage du bâton d’encens est courant.  

Lors de la première entrevue (qui coûte généralement entre 25 et 100 euros), le client explique son problème et soulève le voile sur ses espérances.  Le médium l’écoute attentivement et a toujours une réponse appropriée.  

Pour appuyer ses « réflexions », le médium écrit des signes cabalistiques sur une feuille de papier, dessine le contour de la main de son client, fait des calculs sur base de la date de naissance du client.  

La première consultation s’arrête généralement à ce niveau.  Le médium signale alors que la solution existe, mais qu’elle coûte cher. Soit une potion ou une crème doit être créée, soit des « travaux incantatoires » doivent être exercés, travaux qui doivent être accompagnés de sacrifices.  Le médium fait bien savoir à son client que la réussite du souhait tient à ce type de rituel, et que pour y accéder, une forte somme d’argent doit nécessairement être déboursée.  Le médium s’arrange pour que le client soit sous son influence, et fait le nécessaire pour obtenir sa confiance.  

Lors des consultations suivantes, des sommes sont offertes au médium pour pouvoir opérer sereinement.  Ces sommes se calculent généralement par centaines, ou parfois, par milliers d’euros.  

Pour les problèmes financiers, une autre opération est courante.  Il s’agit de la multiplication des billets.  

Une démonstration (qui réussit) est faite au client.  Celui-ci alléché par l’appât du gain est alors prêt à mettre de fortes sommes d’argent pour procéder de même façon.  Lors de cette opération, le client doit mettre l’argent apporté dans une enveloppe fournie par le médium.  Il doit également apporter des effets divers et inutiles qui sont sensés avoir une relation avec la magie opérée (poils pubiens, miroir, urine, photo, mèche de cheveux, …).  Par après, le médium détourne l’attention du client et fait un échange d’enveloppe.  Dans cette nouvelle enveloppe, se trouve du papier découpé à la longueur des billets, et réunis en liasse.  De nouveau, le médium fait des incantations et demande une période de repos.  Le client peut alors emporter son enveloppe, et il lui est demandé de la mettre sous son lit ou en un lieu propice au repos.  Ce repos doit durer quelques jours.  Il est spécifié qu’en aucun cas, l’enveloppe doit être ouverte avant la fin du temps de repos, sous peine de voir l’opération s’annuler.  Durant ce laps de temps, le médium en profite pour vider son appartement et déménager, et ainsi avoir quelques jours d’avance sur sa victime.  Lorsque le client tente de rentrer en contact avec son médium, celui-ci ne répond plus au téléphone et a disparu dans la nature, ou encore est remplacé par un « collègue » marabout, qui naturellement s’empresse de dire qu’il ne connaît pas le premier médium.  Inquiet, le client procède alors à l’ouverture de l’enveloppe et se rend compte du subterfuge.  

Dans chacun des cas, le mage et son compagnon disparaissent après avoir opéré.  Aucunes traces ne permettent de le retracer ultérieurement.

 

 C.     LES ACTIONS  

1°)       Atteintes à l’intégrité  

Pour soi-disant renforcer le pouvoir des incantations, les médiums africains usent de nombreux stratagèmes tels des lotions et des crèmes.  

·        Pour faciliter le travail du mage et l’aider dans ses œuvres, le client doit parfois apporter de l’urine, des poils pubiens, des cheveux, des ongles,…  Le mage n’hésite pas, parfois, à prélever immédiatement ces effets sur la victime.  

·        Parfois, le client doit se laver avec des mélanges odorants, s’enduire d’huile ou de crème artisanale.  Parfois même, le mage procèdera lui-même à l’application de la substance, ce en fonction de l’âge et du sexe de sa victime.  

Il arrive, avant l’application ou durant la séance, que la victime se voit servir une potion « magique » qu’elle devra boire pour mieux s’imprégner de l’ambiance.  Toujours selon les caractéristiques physiques de sa victime, c’est le moment qui sera choisi par le médium pour en abuser et en arriver à des attouchements, voire même un viol.  

2°)       Attouchements et viol  

Dans le cadre de souhaits liés à la sexualité liés à l’impuissance, les troubles sexuels ou le retour de l’être aimé, le(s) mage(s) n’hésite(nt) pas à user de moyens fallacieux.   

Certaines victimes sont violées, parfois même par plusieurs individus, d’autres sont palpées ou tripotées durant la séance.  

Comme d’habitude en matières sexuelles, les parties visées sont : le sexe, l’anus et la poitrine.  

3°)       Butin  

a) Argent  

Sous le prétexte de devoir acheter des substances ou autres effets nécessaires à des sacrifices, les médiums demandent de l’argent, et ce à raison de fortes sommes.  Le prix est généralement fixé à l’avance et est relatif au niveau social de la victime.  Dès lors, les prix varient de la centaine au millier d’euros.   

Généralement, et ce pour encore mieux avoir la confiance de sa victime, le mage n’hésite pas à faire une « ristourne » sur le prix initial.  

Dans le cadre d’échange d’enveloppe, les montants sont généralement très élevés.  Les victimes, tentées par l’appât du gain, n’hésitent pas à vider leur(s) compte(s), revendent certains effets personnels, voire même faire des emprunts.       

b) Bijoux  

Dans le cadre de leurs demandes, les mages se font parfois offrir des bijoux, soit neufs, soit appartenant à la victime.  Ici de nouveau, il est question de sacrifice.  Le client doit faire un choix : soit conserver ses biens, soit pouvoir profiter des avantages qu’apporteront la prédiction.  

c) Objets de valeur  

Certains mages, jamais à court d’idées, demandent à la victime d’acheter du matériel de valeur : appareil photo, caméra, GSM,…  Cette demande se fonde sur un moyen de communication avec « l’esprit » .

 

 D.     L’ESCROQUERIE  

Il s’agit de la majorité des plaintes des victimes.  

Parfois, avant leur fuite, les mages sont contactés par leur victime.  Ils font alors douter les victimes en leur certifiant qu’ils rapporteront la somme (ou parfois la moitié du butin), si elles ne réagissent pas judiciairement.  Vu les sommes parfois en jeu, certaines victimes préfèrent récupérer une partie que rien du tout.  

Ce laps de temps est juste assez pour que le mage en question vide son appartement et disparaisse.

 

 E.     LE RECEL  

Dans la grande majorité des dossiers, des objets signalés volés sont retrouvés.  Généralement, il s’agit de GSM, téléphones, radios, caméras,… qui sont le butin d’un vol dans une habitation.  Aucune région n’est épargnée.   

Il est permis de croire que les mages achètent ces effets dans les commerces spécialisés dans la revente de matériel d’occasion. 

 

Au niveau des appareils téléphoniques, il leur est en effet nécessaire de posséder de nombreux téléphones pour pouvoir gérer et répondre sur les diverses lignes ouvertes.  Il est donc courant, lors d’opération policière, de retrouver 6 ou 7 téléphones sur place.

 

 F.     LA FUITE 

Le mage et son fidèle compagnon disparaissent généralement après une opération fructueuse ou après le passage des forces de l’ordre.  Ils quittent l’appartement sans donner d’adresse pour faire suivre un éventuel courrier.  Il est courant, lors de vérifications aux adresses, de retrouver des factures impayées (généralement d’opérateurs téléphoniques).  

Généralement, il est possible de pouvoir les retrouver dans les semaines qui suivent par l’intermédiaire d’une nouvelle petite annonce, où figure le numéro de GSM du mage, mais avec un nouveau pseudonyme.

 

Lors de cette fuite, ils procèdent à aucunes démarches administratives.  Dès lors, tout laisse à croire qu’ils bénéficient d’un lieu d’hébergement temporaire.

 

 G.     LES AUTEURS  

1°) Origine  

La majorité des mages africains recensés en région bruxelloise sont tous originaires de Guinée.  Sans documents belges, ils possèdent parfois une carte de résidant français, ou sont en possession de documents falsifiés.  Tous font usage de faux noms.  Hormis certaines exceptions, le passeport national n’est jamais retrouvé.  

Il s’agit donc généralement de sujets masculins, de type africain, parfois accompagnés d’une femme présentant les mêmes origines.  Cependant, l’ « art » divinatoire est presque une exclusivité masculine.  

2°) Identité  

Les identités courantes sont les noms de DIAWARA – MANDY – DIABY, avec toutes les variantes orthographiques.  

Généralement, ces personnes se disent être Guinéen, ou résidents Français  

3°) Situation de séjour  

Les personnes interceptées sont toutes en situation irrégulière sur le territoire.  Ces personnes n’ont jamais fait de démarches officielles pour une inscription légale.  

Les sujets en possession d’une carte de résident Français peuvent se trouver sur le territoire SCHENGEN, mais sont soumis aux règles du séjour, règles qui ne sont jamais respectées.  

4°) Situation financière  

Lors d’interceptions, il est rare de trouver de grosses sommes d’argent sur ou chez les intéressés.  Dans leurs effets personnels, il est régulièrement découvert des cartes de visite ou des talons de versement des agences «MONEY GRAM » ou « WESTERN UNION ».  Dès lors, tout porte à croire que l’argent soutiré aux victimes est déposé à l’étranger.   

De part l’analyse des ouvertures de lignes téléphoniques, il est constaté que certaines personnes reviennent régulièrement sur le territoire après un séjour à l’étranger.  

Dès lors, il est possible que ces mages ne forment que des maillons d’une chaîne tenue par un groupe criminogène.  Il est donc loisible de penser à une filière de traite d’êtres humains.  

5°) Usage de titre  

A la lecture des formes publicitaires, ces personnes n’hésitent pas à faire usage de faux titres, tels « Professeur », « Médium », « Mage », « Maître », « Monsieur »,… Tous ces titres sont utilisés pour influencer la victime.  Ils prétextent également une hérédité ou la possession de dons.  

En accompagnement à ces titre, ils utilisent des pseudonymes parfois très farfelus et à consonance africaine [(Ex : Professeur GAS (= GAZ) ; M. KARO (= MAKRO) ; Maître BURO (= BUREAU) ; …]  

6°) Liaisons  

Tout porte à croire que l’ensemble des médiums se connaissent très bien et forment une association de malfaiteurs.   

Il est courant de constater que le libellé des encarts publicitaires est copié l’un sur l’autre  

D’autre part, pour couvrir leur fuite, les médiums se réfugient à une adresse temporaire.  Dès lors, il est probable que certaines personnes se soient spécialisées en la recherche d’un « lieu de travail » et que d’autres se chargent d’assurer un abri discret.   

 

 H.     LES TRACES  

1°) Après la fuite  

a) Lignes téléphoniques  

 

Ces lignes téléphoniques sont généralement rendues inactives par l’opérateur suite au non-paiement des factures.  

En ce qui concerne les lignes GSM, il est courant de constater la multiplication des cartes prépayées.  Dès lors, soit les cartes sont réutilisées et les numéros se retrouvent sur de nouveaux supports publicitaires, soit elles ne sont plus alimentées, et les médiums font usage de nouvelles cartes.  Cette dernière éventualité a pour effet de mettre fin à toute possibilité de tracer l’individu sur base de son numéro de téléphone. 
 

En ce qui concerne les lignes avec abonnement, celles-ci sont rares car aisément identifiables.  

Certaines techniques particulières d’enquête peuvent permettre l’identification des titulaires de ces lignes.  

b) Papiers divers  

Parfois, des documents sont découverts aux adresses, documents permettant d’identifier certaines victimes.  Rien n’est laissé derrière pouvant permettre un éventuel traçage vers une nouvelle destination.  

En ce qui concerne les facture, il est récurant de constater la présence de factures impayées de soins hospitaliers, de fournitures énergétiques, et des factures téléphoniques.  Ces dernières sont souvent élevées et présentent des traces de communications vers des pays africains  

c) Informations du propriétaire  
 

Les propriétaires immobiliers sont généralement les premières personnes à profiter de ce système, mais sont également les premières victimes de ces personnages.  

En effet, ces individus occupent les lieux, parfois à loyers très élevés malgré la salubrité, et les propriétaires ferment les yeux sur les occupations des locataires. 
 

Lors du départ du locataire, il est courant de trouver un appartement dégradé et sale.  Souvent les immondices restent confinés et les locaux sont infestés de blattes.  

Généralement, les propriétaires peu scrupuleux ne font pas de vérification au niveau de l’identité du candidat locataire.  Parfois le locataire n’est même pas l’occupant réel des lieux et est en fait la personne se chargeant de rechercher un abri.  

En guise de renseignements, le propriétaire ne peut que signaler avoir loué son bien à un sujet africain sans autres précisions, et est incapable d’en faire une description correcte.  

Les loyers étant payés de main à la main, ce n’est que parfois avec un mois de retard que le propriétaire constate la disparition de son ou ses locataires.  Vu ce qui précède, il est donc normal que les propriétaires ignorent la nouvelle adresse de ces personnages.  

2°) Avant la fuite  

a) Documents d’identité  

Les personnages interceptés sont en possession soit d’une carte de résident Français, soit son dépourvus de documents d’identité.  Rarement, il est possible de retrouver un passeport national.  

De part la Convention SCHENGEN, les résidents des pays européens cosignataires sont autorisés à séjourner sur le territoire pour autant qu’ils agissent en toute régularité sur les conditions du séjour (e.a. enregistrement à l’Administration Communale).   

N’étant pas en règle sur les conditions du séjour, ces personnes se trouvent donc sur le territoire en toute irrégularité. 

b) Papiers ayant servis aux « travaux » 

Lors d’opération policière, des documents vitaux peuvent être découverts.  Il s’agit essentiellement des numéros de téléphone des victimes, de documents avec le contour de la main dessiné et reprenant le nom et/ou la date de naissance de la victime.  Parfois même des photographies personnelles avec un nom ou une autre inscription sont découvertes. 

Naturellement, il est également possible de retrouver tous les objets liés aux rites, soit des bougies, calebasses ornées de signes cabalistiques, crâne d’ovins, peaux de bêtes, bâtons d’encens,…. 

c) Listes en mémoire des téléphones 

Avec les premières constatations, il est possible de tracer les dernières communications entrantes et sortantes des GSM.  Ces renseignements peuvent orienter l’enquête vers la découverte de nouvelles victimes ou vers des liaisons potentielles. 

d) Factures téléphoniques 

Grâce aux factures téléphoniques retrouvées aux adresses, il est potentiellement possible de retrouver les liaisons étrangères de ces personnages.  Il est en effet courant de constater la présence d’appels  vers des pays africains ou vers la France. 

e) Objets recelés 

En besoin de nombreux téléphones pour satisfaire à la demande des publicités, il est courant de retrouver, chez les intéressés, des appareils téléphoniques volés. 

D’autres effets de valeurs peuvent être découverts.  Ceux-ci après vérification ressortent souvent comme signalés volés.   Généralement, ces appareils proviennent de magasins spécialisés dans la revente de matériel d’occasion et peu scrupuleux de l’origine initiale du matériel revendu.

Certaines victimes, elles-mêmes pas toujours honnêtes, payent les prédictions en nature et offrent donc du matériel volé en guise de paiement

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